Le Misanthrope, à la Comédie Française

 
Cette semaine, j’ai une nouvelle fois été bouleversé et transporté par le jeu intense de Loïc CORBERY, toujours aussi magnifique dans Le Misanthrope, à la Comédie-Française
 
Je pourrais écrire des pages sur le plus tragique des Alceste, dans une mise en scène qui réserve tout de même de jolis moments de comédie, y compris quand le texte original ne le laisse pas obligatoirement présager. Là où on a souvent vu un Alceste rongé d’une colère sourde et intérieure, cette mise en scène nous le montre hurlant, pleurant, suppliant, dénué de toute pudeur. Tragique…
 
Toutefois, même si la mise en scène de Clément Hervieu-Léger est pleine de qualité, que ne l’a-t-il pensée pour la réalité de la visibilité dans la salle Richelieu ?
 
Utiliser l’espace au maximum, jusqu’à l’extrême limite de la scène fait sortir les comédiens du chant de vision des occupants des places les moins chères. Y compris, d’ailleurs, me semble-t-il, des occupants des loges de l’orchestre.
 
Ça peut paraître anecdotique mais, quand on a une magnifique idée, après les derniers vers de Philinte, ajoutant un peu d’espoir…
 
« Allons, madame, allons employer toute chose
Pour rompre le dessein que son cœur se propose. »
 
Alors qu’on pense que le rideau va se baisser et qu’une dernière scène muette vient encore ajouter du bouleversant, une indiscutable trouvaille de metteur en scène, quel dommage que les groupes de jeunes du 2ème balcon à droite n’en voient rien !
 
C’est à mon sens d’autant plus dommage que Clément Hervieu-Léger est aussi, depuis août 2025, administrateur de la Comédie Française.
 
Il faut donc avoir payer 44 € au moins pour profiter de tous les effets.
 
C’est plus que dommage, ça n’enlève rien au talent des comédiens (dont notamment le délicat Eric Génovèse, la trop coquette Célimène/Adeline d’Hermy et l’impressionnante Arsinoé/Florence Vialla, autour du bouleversant Loïc Cormery, à jamais le plus grandiose Alceste) mais ça permet difficilement à certains, comme les petits jeunes, tout là-haut par exemple, d’arrêter  de penser que la Comédie-Française est autre chose qu’un théâtre de bourgeois.